Covid 19: artisans, petits commerçants et autres s’inquiètent de la baisse drastique de leurs recettes quotidiennes


BENIN - ECONOMIE
L'entrée du marché Akodédjlo St Michel (Abomey-Calavi au Bénin)

   

Même si le Bénin compte actuellement moins de cas de personnes infectées au COVID 19 (54) comparativement à plusieurs autres pays de la sous-région ouest africaine, les impacts de la pandémie se font déjà ressentir sur les recettes des petits commerçants, les artisans et autres acteurs économiques béninois, très inquiets pour leurs activités si la crise devrait durer encore plus longtemps. Reportage.

Par La Rédaction
2020-04-29 16:30:35 / 782 vues

Il est onze heures du matin ce 22 avril 2020. Nous sommes au marché Akodédjlo St Michel de Cococodji, un marché local situé dans la commune d’Abomey-Calavi, commune voisine à Cotonou, capitale économique du Bénin. Ce n’est pas le jour du marché mais l’on observe une affluence. Parmi les petits commerçants dudit marché, dame Bernadette, tenancière d’une petite boutique de vente de pagnes importés du Togo, s’affaire à marchander avec une cliente. Mais la négociation, terminée en queue de poisson, ne durera pas plus de trois minutes. Pour cause, « je voulais négocier le prix d’un pagne que j’avais vu chez une amie mais elle vient de m’annoncer que le prix a augmenté à cause de la fermeture des frontières», confie Juliette, la jeune cliente qui s’en désole. Seulement, s’il y a quelqu’un qui vit plus mal la situation,  c’est Bernadette. « C’est un véritable calvaire pour nous qui importons nos marchandises de Lomé. Les frontières sont fermées et il est impossible de renouveler mon stock. Déjà, les dernières marchandises achetées juste avant la fermeture des frontières étaient déjà chères à la source. Du coup, nous avons aussi augmenté les prix à la revente mais nos clients ne veulent rien comprendre. En plus, ils se font rares et nous ne vendons plus vraiment. Je fais l’effort de vendre d’autres choses pour combler le déficit mais les bénéfices ne pourront pas m’aider à payer le loyer de la boutique et les taxes, ce mois-ci. A cette allure, je risque de fermer mon commerce dans quelques jours», s’inquiète –t-elle, l’air très pensif. Dans ce même marché, plusieurs d’autres commerçants expriment avec anxiété la même inquiétude.

Artisans, promoteurs d’espaces de divertissement et autres acteurs économiques aussi en difficultés…

Au Bénin, la baisse des recettes quotidiennes ne touche pas que les petits commerçants des marchés. Les artisans, les tenanciers des espaces de divertissement dont les bars, restaurants, les boites de nuit, les promoteurs des transports en commun… menant leurs activités dans les villes concernées par le cordon sanitaire, instauré par le gouvernement béninois depuis plusieurs semaines, ne sont pas épargnés. Christophe est responsable d’un salon de Coiffure situé à Agla, un quartier populaire de Cotonou. Depuis bientôt deux mois, à l’annonce du premier cas du COVID 19 au Bénin, son quotidien devient de plus en plus difficile. «Les clients se font rares davantage parce que les gens ont peur de contracter le virus en voulant se coiffer. Pourtant, nous prenons nos précautions. Notre association a même pris des initiatives pour rassurer nos usagers sur les dispositions que nous avons prises pour continuer nos prestations sans les mettre en danger mais nos recettes chutent drastiquement. Tout le monde attend la fin de la pandémie pour se coiffer. Voilà, il est seize heures mais jusque-là,  je n’ai fait que 500 fcfa (moins d’un euro) de chiffre d’affaires. Cette situation est inquiétante», explique le trentenaire, très préoccupé par le sort de son salon dans les jours à venir.

A quelques encablures du salon de Christophe, le restaurant,  d’un complexe de divertissement (bar – restaurant, boite de nuit…) très célèbre de la ville capitale, s’anime très timidement contrairement à ses habitudes. A 19 heures, le restaurant est à 1/3 de l’effectif habituel de sa clientèle. « Nous avons l’obligation de respecter un certain écart entre les tables des clients pour respecter les consignes lié au cordon sanitaire instauré par le gouvernement. En respectant cet écart, comprenez avec nous que nous perdons énormément de recettes alors que les charges n’ont pas diminué. Même si nous avons déjà licencié quelques serveuses, nous tournons toujours à perte et ne savons pas jusqu’à quand tout ceci va prendre fin. Pour le moment, nous projetons un arrêt temporaire de l’ensemble de nos activités d’ici la fin du mois si la tendance demeure telle qu’elle est actuellement », annonce le tenancier dudit complexe. Il ajoute, par ailleurs, que cette baisse des recettes de son complexe est liée à la fermeture temporaire de sa boite de nuit.

Voilà qui annonce des jours très sombres pour ces différents acteurs économiques. Vivement la fin de la pandémie ou des mesures d’accompagnent pour préserver les nombreux emplois menacés de disparition avec les fermetures annoncées de ces commerces et établissements.